Un bébé passé 40 ans, et après? » Les mamans du monde

 Un bébé passé 40 ans, et après?

29/12/2010

Un bébé passé 40 ans, et après?

 

À en croire leurs mères, Nicolas et Laurence sont deux bébés pétillants, très drôles et super intelligents. Des enfants choyés semblables à tous les autres. Sauf que leurs mères les ont eus dans la quarantaine, à l’heure où les copines profitent d’une liberté reconquise en même temps que leurs ados s’émancipent. Nicolas et Laurence seront-ils différents? Au moins, ils ne se seront pas les seuls.

Devenir mère à 40 ans est de plus en plus courant, quasi normal. «Autrefois, les femmes faisaient des enfants à 20 ans et, quand elles arrivaient dans la quarantaine, elles se mettaient à profiter de la vie: sorties au resto, randos extrêmes ou week-ends au spa, ces plaisirs se prenaient lamiddle life passée. Maintenant, c’est l’inverse. On en profite avant 40 ans, et ensuite on fait un bébé», résume la Dre Louise Lapensée, gynécologue obstétricienne au CHUM Saint-Luc et à la clinique de fertilité OVO, à Montréal. Au Canada, le taux des naissances chez les femmes de 40 à 44 ans est passé de 5,9 enfants pour 1000 femmes en 2000 à 7,4 en 2006, tandis qu’il passait de 58,3 à 51,1 enfants chez les femmes de 20 à 24 ans. Les courbes sont encore loin de se croiser, mais quand même. Dans tous les pays occidentaux, la tendance est identique, une mode qui n’en est plus une puisqu’elle semble partie pour durer.

La fin du féminisme?

Certes, les enfants de la quarantaine ont toujours existé. Mais il y a dix ans à peine, celui qui venait alors était soit le petit dernier, soit l’accident. Les mères de 40 ans des années 2000 ont changé de profil. Jeunes adultes, ces femmes ont d’abord voulu poursuivre des études et entamer une carrière. D’autres ont navigué de conjoint en conjoint pendant plusieurs années. «L’aspect plus éphémère des relations conduit les femmes à attendre une certaine durée dans le couple pour avoir un enfant», croit Francine Descarries, sociologue à l’Université de Montréal. Il y a également celles qui ont déjà eu des enfants, mais qui scellent une deuxième union avec l’arrivée d’un bébé.

Pour la Dre Louise Lapensée, «elles sont aussi nombreuses à sentir l’horloge biologique tourner et à vouloir un enfant à tout prix. Pourquoi pas en faisant appel à un donneur, si elles sont célibataires?» Un argument de l’appel du corps auquel tout le monde n’adhère pas: «C’est justement la plus grande victoire du féminisme que d’avoir démontré que les femmes pouvaient être épanouies sans progéniture», rappelle Francine Descarries. Oui, mais c’était il y a trente ans. Simone de Beauvoir n’est plus un modèle pour les femmes des années 2000. Et Geena Davis, Julia Roberts ou encore Nicole Kidman, affichant leur belle bedaine à 40 ans passés, ont sans doute contribué à changer la donne. «Depuis dix ou quinze ans, la maternité tend à être de nouveau sacralisée, considère la sociologue. On ne peut plus être une femme accomplie si l’on n’a pas eu d’enfant. Cette idéologie ambiante met beaucoup de pression sur les femmes, qui croient passer à côté de leur vie si elles ne font pas de bébé.» Alors, horloge biologique, peut-être pas, mais pression sociale, sans doute. L’animatrice et journaliste Sophie Durocher, qui a eu l’an dernier, à 42 ans, son premier enfant, en sait quelque chose. «Depuis mes 20 ans, on me demande pourquoi je n’ai pas d’enfant, et ça m’a toujours agacée. Même après la venue au monde de Nicolas, je continue de croire qu’on peut être une femme très heureuse et très épanouie sans bébé!»

Le plein d’avantages

Le désir de Sophie Durocher lui est apparu «d’un coup, comme une brique tombée du ciel!» Il fallait tout de même faire avec ses 42 ans et les 46 de son conjoint. Elle a pris immédiatement rendez-vous chez un gynécologue «pour voir si la machine fonctionnait». «Le médecin m’a demandé mon âge, raconte-t-elle. Quand je lui ai répondu, il est parti à rire et m’a dit que je pouvais aussi bien chercher une aiguille dans une botte de foin! J’avoue que le coup a été dur à avaler.» Bien des médecins sont cependant beaucoup plus… diplomates. «Personnellement, je pense que la santé de base de la femme est plus importante que son âge lorsque vient un désir de grossesse, considère la Dre Lapensée. Une femme de 25 ans qui a une maladie grave court plus de risques d’avoir une grossesse difficile qu’une femme de 40 ans qui est en pleine forme.»

Être une mère tardive aurait d’ailleurs de nombreux avantages. «Les femmes sont alors en général plus à l’aise financièrement qu’à 20 ou 30 ans, elles ont fait des études et ont une belle vie professionnelle», ajoute cette spécialiste. «À 40 ans, témoigne pour sa part Sophie Durocher, la souffrance d’avoir à mettre sa carrière en veilleuse pour élever son enfant est moins forte qu’à 20 ans parce qu’on a déjà fait ses preuves. Vis-à-vis de l’enfant, on est plus patiente, plus philosophe. On apprend à relativiser les événements et l’on devient une mère plus souple.» Christine*, une professionnelle très active qui a donné naissance à Laurence en 2007, à l’âge de 41 ans, découvre avec bonheur les joies du cocooning: «J’ai pratiqué le ski, joué au golf, fait du vélo tant que j’ai voulu. Maintenant, je consacre tout mon temps libre à ma fille, sans que cela me dérange de rester à la maison au lieu de me dépenser à l’extérieur la fin de semaine.» Cette mère comblée s’estime même plutôt chanceuse de pouvoir s’appuyer sur l’expérience de ses sœurs et amies: «quand je vois aller leurs enfants adolescents, je réalise que j’aimerais une éducation parfois différente pour Laurence. Je ne voudrais pas tomber dans les mêmes pièges. Je suis plus consciente que je ne l’aurais été à 20 ans du fait que je ne dois pas trop la gâter parce que ce ne serait pas lui rendre service.»

L’envers du décor

«Reste que, à 40 ans, une femme sur deux a besoin des services d’une clinique de fertilité pour devenir enceinte, souligne néanmoins la DreLouise Lapensée. Entre 35 et 40 ans, une femme n’a déjà plus que 15% de chances de tomber enceinte naturellement chaque mois, alors que ce taux est de 30% entre 25 et 30 ans. Après 40 ans, cette probabilité baisse encore radicalement.» Une fois la grossesse amorcée, le danger de fausse couche est élevé car l’âge de la mère affecte aussi la qualité de ses ovules. À 43 ans, Christine vient ainsi de voir réduites ses chances de donner un petit frère ou une petite sœur à Laurence, en perdant un bébé 11 semaines après une fécondation in vitro (FIV) réalisée avec le sperme de son conjoint et l’un de ses propres ovules. «Les traitements sont difficiles à vivre, les échecs de traitement sont très difficiles à vivre, et les fausses couches sont encore plus difficiles à vivre...» reconnaît-elle. Pour Laurence, son premier enfant, Christine avait connu une très belle grossesse et avait accouché par voie naturelle «sans épidurale, mais avec du gaz hilarant, un vrai bonheur!» C’est à considérer comme une chance, quand on sait que les grossesses tardives comportent aussi plus de risques de diabète, d’hypertension pouvant mener à une prééclampsie, de mauvais placement du placenta, ou encore d’accouchement avant terme ou par césarienne.

En clinique de fertilité, ceux qui veulent devenir parents ont accès à une panoplie de techniques plus ou moins invasives (voir encadré). Entre une simple stimulation ovarienne pour booster une femme peu fertile et un traitement de FIV avec don d’ovules destiné à une femme ménopausée, il y a un monde. Aujourd’hui, tous doivent plonger généreusement la main dans le portefeuille. Un traitement de FIV au Québec coûte environ 10 000 dollars, dépense faiblement compensée par des crédits d’impôt. «Au total, on a dû débourser pas loin de 100 000 dollars dans différentes cliniques», témoigne Christine, qui a vécu six FIV avant de concevoir sa petite Laurence. Mais les choses devraient changer. À l’automne dernier, le premier ministre Jean Charest annonçait son projet de rembourser intégralement les traitements de procréation médicalement assistée (PMA) à tous les adultes en mal d’enfants, au nom d’un nouveau «droit à l’enfant biologiquement lié» (par opposition à l’adoption). «On est un peuple qui ne fait pas d’enfants, voilà des couples qui veulent en avoir, encourageons-les! Ça me paraît en effet tomber sous le sens», commente Sophie Durocher, qui reconnaît sa chance d’avoir eu Nicolas «au bout de trois mois d’essais seulement» sous la couette.

Droit à l’enfant ou droits de l’enfant

Ce concept du droit à l’enfant et son corollaire, le remboursement intégral des traitements de PMA aux couples infertiles du Québec ne fait cependant pas l’unanimité. Tandis que Jean Charest annonçait sa proposition, une consultation publique dirigée par la Commission de l’éthique de la science et de la technologie se déroulait sur le Web. Le rapport de cette commission devrait être rendu public cette année. «Sur les 1066 personnes qui ont répondu au questionnaire sur Internet, 49 ont pris la peine d’écrire qu’il ne fallait pas rembourser les traitements de PMA aux femmes dont la fertilité a baissé du fait de leur âge», commente Florence Piron, professeure au département d’information et de communication à l’Université Laval, à Québec, qui a dépouillé les résultats. Morceaux choisis: «vu l’énergie et la longévité que nécessite le métier de mère, je trouve irresponsable de faire des enfants passé l’âge naturel décidé par le corps de la femme», ou bien «la venue d’un enfant ne doit pas venir d’un caprice de retour d’âge»...

Pour répondre à ces inquiétudes sans pour autant pénaliser les couples infertiles ou porteurs de maladies génétiques, devrait-on instaurer des limites à certaines pratiques, interdisant par exemple, comme en France, le recours au don d’ovules aux femmes ménopausées (voir encadré)? «Non! répond Sophie Durocher. Un enfant n’est pas une télé plasma, cela n’a rien à voir avec un caprice. Les futurs parents sont conscients de ce qu’ils font, laissons-les assumer, quel que soit leur âge.» La Dre Louise Lapensée émet un avis plus nuancé: «D’un point de vue éthique, dit-elle, on a en effet du mal à imaginer une mère de 75 ans s’occuper d’un ado de 15 ans». La clinique de fertilité où pratique cette gynécologue refuserait d’ailleurs le don d’ovules pour une femme de plus de 52 ans. «Mais nous n’avons pas de loi à ce sujet, explique-t-elle, c’est une règle tacite entre toutes les cliniques de fertilité du Canada. Je crois qu’il serait discriminatoire d’interdire formellement une aide à la procréation à une femme en raison de son âge.» De son côté, quand on l’interroge sur le concept légal d’un droit à l’enfant, la sociologue Francine Descarries n’a pas l’ombre d’une hésitation. «Il existe des droits fondamentaux comme se nourrir ou se loger, déclare-t-elle. Avoir un enfant n’en fait pas partie. Selon moi, c’est un privilège.» À notre société d’en décider. Pour des raisons de confidentialité, les noms de Christine et de sa fille Laurence ont été modifiés.

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